Les émotions de l’enfant

par | 16 Avr 2020 | Général

D’où viennent les émotions ? A quoi servent-elles ? Le nourrisson a-t-il les mêmes émotions qu’un adulte ? S’agit-il d’émotions naturelles ou fabriquées ? Autant de questions qui intéressent de nombreux parents.

Une émotion est une réaction affective intense s’exprimant par des manifestations diverses, des sensations physiques, qui seront ressenties différemment par les gens. Une émotion commence par une sensation, c’est une énergie qui va chercher à s’exprimer à l’extérieur. 

Il existe quatre émotions principales : la joie, la colère, la peur, la tristesse, à travers lesquelles circule une énergie propre à chacune.

Une multitude d’émotions diverses existe, elles sont combinées aux principales avec des pensées plus complexes, acquises au fil de nos expériences et de nos repères familiaux, socio-culturels, historiques, générationnels. En fonction de nos modes de vie, de notre environnement, les émotions peuvent avoir le droit d’être exprimées ou être réprimées.

Chaque émotion a une valeur positive dans le développement de l’enfant, elle lui apprend à s’affirmer en : 

  • posant son ressenti qui lui appartient, 
  • respectant un cadre, un contrat,
  • obtenant un changement : pour refaire circuler l’énergie, obtenir une réparation pour se réparer ou réparer afin de ne pas garder une énergie négative sur laquelle il pourrait poser des bases de référence,
  • recevant, ou en renonçant pour clore l’expérience et entrer dans une autre.

En effet, mettre du sens est indispensable à l’être humain afin qu’il puisse avancer d’expériences en expériences, avec le potentiel de ce qu’il aura appris. Aussi, il n’y a pas d’émotion négative, ce sont les évènements qui y sont rattachés qui peuvent être négatifs.

In utero l’enfant entend sa mère, l’entourage et les émotions qu’elle vit. Les émotions existent sous une forme archaïque, intuitive, passant par la propagation de signaux nerveux électriques donnant des sensations. Son cerveau n’a pas acquis la maturité nécessaire pour se dissocier de ce qui relève de son expérience ou de celle de sa maman. Chez le nourrisson, le siège de la pensée réfléchie n’est pas développé à sa naissance. En effet, son cerveau est mobilisé par la croissance et la création de nouveaux neurones, le développement de toute la zone impliquée dans le contrôle des mouvements, de la coordination et de l’équilibre, la reconnaissance visuelle, l’écoute, sollicitant aussi la zone du langage. Cette période est suivie de la mise en place des connexions, des premiers raisonnements fonctionnant sur un mode binaire (avoir ou ne pas avoir, voir ou ne pas voir). C’est en parcourant diverses étapes : acquisition motrice, marche, langage, que l’enfant développe ses premiers outils pour acquérir plus d’autonomie. Il fait l’expérience de devenir lui-même, choisir, avancer, sous la validation de ses parents. 

Puis se forment le stockage temporaire d’informations pour corriger des erreurs de raisonnement, la conscience de son identité, de l’autre, de ses actes qui ont des impacts sur les autres. Ces apprentissages passent d’abord par le jeu, puis le langage. Ces découvertes sont séquentielles et en couches, parfois un acquis est oublié pendant qu’il s’occupe d’un autre qui marche bien.

L’enfant grandit, son cerveau se développe et acquiert chaque jour de nouvelles informations. Il trie, range, crée. Son travail est quotidien. Un vaste plan de connexions, va ensuite l’occuper pour l’essentiel jusqu’aux alentours de 12 ans.

En parallèle, tout son entourage lui permet de mettre du sens entre ce qu’il ressent et ce qu’il vit. Ce temps d’explications mobilise les ressources de chaque individu qui accompagne l’enfant. Les émotions ne peuvent être acquises dès les premières explications car l’enfant est mobilisé par d’autres acquisitions en cours. La motivation, la patience, la persévérance exigent beaucoup de temps chez le parent, ce sont des qualités de champion.

L’enfant aussi est un super champion : cette émotion l’envahit un nombre de fois incalculable, et pourtant il fait face, avec toute son énergie. Souvenons-nous de l’énergie qu’il a mise pour relever la tête, pour se mettre assis, se lever, marcher…1000 fois il a recommencé, 1000 fois il a pleuré et il y est arrivé. C’est un parcours universel.

Dans la vie des parents et enfants champions, il y a aussi des moments de découragement, de doute. Le parent, comme l’enfant évalue ses capacités et se confronte à l’idée qu’il n’est pas tout puissant. L’évolution n’est pas une courbe exponentielle parfaite, elle passe par des descentes, des plateaux, et remonte pour poursuivre son ascension. Une baguette magique serait la bienvenue, surtout quand on est parent solo, là où la solitude peut renforcer la pensée de ne pas y arriver. L’isolement géographique, familial amplifie le désarroi et la culpabilité de ne pas trouver les moyens pour rééquilibrer les vécus émotionnels de l’enfant. 

Parfois, la diade parent-enfant se met à souffrir et pour la même raison : l’un et l’autre ne comprennent pas ce qu’il se passe et se sentent seuls, la communication est en désordre ou ne passe plus. Ils peuvent ainsi rester chacun de leur côté, à se débrouiller et inventer un raisonnement, une réflexion qui leur sert de repère et de mode d’emploi. Compte-tenu de l’immaturité psychique de l’enfant, ce repère a des risques de ne pas être adapté dans une autre situation. L’enfant relie ainsi des pensées, des comportements qui sont en désaccord avec ce qu’il ressent et qui peut s’exprimer à travers une émotion qui n’est pas authentique.

Y aurait-il autre chose que l’émotion visible et audible ?

Deux émotions sont potentiellement activables : une « authentique », une « parasite ». Les deux ont de la valeur, un sens et un objectif. En effet, l’émotion parasite cache l’authentique, c’est un moyen mis en place pour être entendu, satisfait. Elle est autorisée comme « ce que je peux exprimer et qui marche bien », c’est un système qui permet de protéger l’autre émotion, celle qui est plus profonde et qui porte un risque pour l’enfant : s’il l’exprime l’enfant sent qu’il ne sait pas la supporter ou peut déplaire au parent. C’est sa perception du risque, basée sur les repères de son âge. L’enfant dès tout petit construit sa boîte à truc en fonction des réactions, des messages et de l’attention que son entourage lui porte. Ce sont ses modes d’emploi pour apprendre à comment faire dans la vie.

L’émotion de Louis

Un après-midi, Louis, 5 ans exprime une tristesse terrible, des pleurs étranglés…Le parent ressent de l’agacement et la colère l’envahit à son tour. Le parent lâche une tempête de mots. «Ce n’est pas grave » me dit-il, « demain il n’y pensera pas » ou « J’en ai entendu des plus dures, je n’en suis pas mort ». Un enfant ne comprend pas comme un adulte ce qui est dit : certains mots, verbes, adjectifs, sont encore parfois très flous, toutefois il a la grande intuition du sens de ce qu’on lui dit, de la dynamique positive ou négative des mots. Le ton de notre voix, notre respiration, notre visage parlent avant notre parole. Notre enfant est expert de ce langage, il a appris à le lire depuis ses premiers jours. Il sait ce qui lui ai dit. Si le parent connait son enfant, lui aussi sait intuitivement qui il est, s’il est authentique, s’il peut avoir confiance en lui. 

Louis pleure depuis un certain temps. Un autre besoin cherche à s’exprimer, quelque chose de plus profond. Il y a un risque pour lui de le dire, peut-être la peur de décevoir le parent qui a transmis ce repère, ou parce que cette émotion authentique est interdite dans son cercle familial. Il existe de nombreuses familles où la colère et la tristesse sont interdites :« Il n’y a que les filles qui pleurent » (ce que l’enfant peut intégrer dans sa boîte à trucs : « Je suis un garçon donc je ne pleure pas ») « Ce n’est pas gentil d’être en colère » (« Je suis gentil si je ne suis pas en colère »)

Cette émotion parasite de tristesse lui sert à rester en lien avec le parent, car conserver le lien lui est primordial. Cette émotion parasite est sortie de sa boîte à trucs et cache ce qu’il n’ose pas exprimer. Il espère parfois que le parent devine. C’est un pari risqué. Pourtant le parent lui a appris que c’était possible… Depuis le premier jour il se lève à chaque pleur, le réconforte, lui donne à manger, le berce pour soulager ses pleurs. Le parent répond à toutes les demandes non verbales et l’enfant s’est construit le système « Je m’exprime, le parent vient, il me soulage, il devine mes besoins » En grandissant il garde cette pensée « Mon parent devine » comme un repère de sécurité, qu’il souhaite conserver, car il offre l’avantage de ne pas prendre de risque.

Louis pleure et explique qu’il veut la toupie qu’un grand lui a promis et qu’un autre garçon l’a reçu en cadeau. Il n’y a plus de toupie pour lui. Il veut être comme l’autre garçon. Pour être pareil le moyen est d’avoir la toupie. Il a besoin de justice et se débat avec cette frustration injuste. De sa boîte à trucs il sort la tristesse parasite, celle qui lui permet d’obtenir souvent ce qu’il veut. Louis est en fait très en colère mais il ne peut pas l’exprimer devant le grand qu’il ne connaît pas très bien. Le grand nomme la colère de Louis et la reconnaît, il se sent soulagé. Le grand lui promet d’acheter la même toupie. La situation réparée permet à chacun de conserver une relation de confiance.

Pour aider l’enfant à comprendre le sens de ses émotions, l’écoute, l’observation, le questionnement, permettent de poser les éléments d’une situation, de dissocier les besoins et les moyens. Les questions formées avec des temps, des verbes, des conjugaisons simples, permettent d’avoir accès aux informations avec fluidité. J’observe de nombreux parents expliquant les besoins de leurs enfants avec des phrases à tiroirs, je comprends qu’ils n’écoutent pas, car je ne comprends rien non plus. La solution est dans l’écoute de chacun, en s’adaptant continuellement. 

Tous les parents ont les ressources pour mieux communiquer avec leur enfant, pourvu qu’ils se donnent les permissions de s’en servir. Dire à son enfant que nous avons comme lui des émotions qui nous appartiennent, que nous avons tous le droit de les vivre, qu’il nous arrive d’être triste, de partager un souvenir où nous l’étions, de lui dire que nous ne savons pas toujours tout, que nous ne sommes pas parfaits, c’est lui exprimer que nous sommes aussi traversés par les mêmes émotions tandis que notre histoire est différente. L’enfant comprend qu’il n’est pas seul, que les grands traversent aussi ces expériences tout au long de la vie. L’enfant reconnaît le parent authentique. Etre bienveillant envers son enfant implique aussi la bienveillance que le parent se donne à lui-même. Le parent ainsi disponible rend son enfant disponible. 

Je me rappelle bien de cette toupie bleue et jaune avec un lanceur méga rapide. J’avais couru à ma pause déjeuner pour la trouver. Je n’avais pas mangé mais le jour où j’ai retrouvé Louis pour lui offrir, son sourire m’avait nourrie.

 1. Article « Comment le cerveau grandit avec l’âge » Par Anne Lefèvre-Balleydier  – Publié le 13/03/2017 www.sante.lefigaro.fr

Muriel Mairet (Psychopraticienne en Analyse Transactionnelle à Paris) pour Noö.

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